
- Le 2 août 2026 était gravé dans le marbre : l’AI Act n’est plus un sujet théorique, il devient désormais pratique.
- Le Digital Omnibus a transféré la responsabilité de l’AI Act du service de conformité à l’équipe de sécurité.
- Décryptage du nouveau paradigme avec David Racowski, consultant principal chez Orange Cyberdefense
Digital Omnibus, ce projet de la Commission européenne, présenté le 19 novembre 2025, vise à simplifier et à fusionner le millefeuille réglementaire du droit numérique : guichet unique cyber, ajustement du RGPD, et AI Act.
Pour ce dernier, une date butoir pour toutes les organisations : le 2 août 2026.
Les obligations « haut risque » de l’Annexe III (recrutement, scoring, biométrie, services essentiels) s’appliqueront le 2 décembre 2027, celles de l’annexe I le 2 août 2028.
Concrètement :
Seize mois de sursis, c’est à peu près la durée d’un programme de mise sous supervision d’un parc d’IA. Or ce report a produit un effet pervers que l’on peut déjà observer : des projets repartent en production sans pilotage, ni outillage, au motif que « l’échéance a bougé ». Et pour un RSSI, l’échéance qui importe n’est pas celle du régulateur, mais celle du premier incident. Un modèle compromis dans un processus critique déclenche une notification NIS2 ou DORA immédiate, indépendamment du calendrier AI Act.
Avant d’envisager le « plan d’action » du RSSI, faisons un focus sur l’Article 15 et 14 de l’AI Act.
L’article 15 de l’AI Act est le point crucial cyber du règlement : la robustesse doit se démontrer en production.
Dès lors, il impose aux systèmes à haut risque un niveau approprié d’exactitude, de robustesse et de cybersécurité, tout au long du cycle de vie. Il nomme par ailleurs, les vecteurs d’attaque propres à l’IA : manipulation du jeu de données d’entraînement (data poisoning), altération des composants pré-entraînés (model poisoning), entrées conçues pour induire le modèle en erreur (adversarial examples, model evasion), attaques en confidentialité, défauts intrinsèques du modèle.
« Prévenir, détecter, répondre, résoudre et contrôler »,un véritable lexique propre au SOC, non de gouvernance. C’est là que se situe le point de friction le plus coûteux du marché. La robustesse n’est pas un attribut qu’on décrit dans une documentation à l’instant T, c’est une caractéristique qui évolue dans le temps : un système déclaré robuste en janvier peut ne plus l’être en mars sans qu’une ligne de code ait été modifiée, parce que les données d’entrée et les composants tiers de la chaîne d’approvisionnement IA, eux, ont changé.
L’article 15 impose donc de traiter le modèle comme un actif du SI :
L’article 14 de l’AI Act impose que les systèmes à haut risque soient conçus pour être effectivement supervisés par des personnes physiques.
L’article 26 transfère la charge au déployeur (la majorité des entreprises françaises) : confier la supervision à des personnes compétentes, formées et dotées de l’autorité nécessaire, conserver les journaux, suspendre l’usage en cas d’anomalie. Le responsable n’est plus un acteur de gouvernance, mais celui qui tient les logs.
L’obligation de l’article 4 renforce la responsabilité du superviseur et induit « un niveau suffisant de connaissance en matière d’IA à leur personnel… »
La supervision humaine a donc transféré la responsabilité de l’acteur de gouvernance à celle du SOC (à défaut, CSIRT/ CERT interne).
L’AI Act arrive au moment où les chantiers réglementaires se mettent en place dans les organisations ; il serait tentant d’ouvrir un chantier AI Act indépendamment d’une mise en conformité NIS2, DORA ou CRA. Les exigences se recouvrent et les preuves sont mutualisables.
Mon entreprise n’est pas fournisseur d’IA. Suis-je concerné ? Oui, en tant que déployeur. L’article 26 de l’AI Act impose la supervision par des personnes compétentes et habilitées, la conservation des journaux et la suspension du système en cas d’anomalie : des obligations de sécurité opérationnelle.
Robustesse ou cybersécurité : quelle différence au sens de l’article 15 ? La robustesse vise la résilience face aux erreurs, défaillances et incohérences. La cybersécurité vise la résistance aux tentatives de tiers non autorisés d’altérer l’usage, les sorties ou le comportement du système ainsi que les menaces internes.
Un incident sur un système d’IA doit-il être notifié aujourd’hui ? Si le système soutient un service essentiel ou une fonction critique, les obligations NIS2 ou DORA s’appliquent déjà, sans attendre décembre 2027. Le signalement des incidents graves prévu par l’AI Act viendra s’y ajouter.
Faut-il un outil dédié à la conformité AI Act ? Rarement. L’essentiel des exigences cyber de l’article 15 se satisfait en étendant les dispositifs existants : cartographie, journalisation, détection, gestion des vulnérabilités, réponse à incident.
Par où commencer si rien n’a été fait ? Par l’inventaire. Aucune exigence n’est démontrable sur un parc d’IA que l’on ne connaît pas — et il ne dépend d’aucune norme harmonisée à venir.
La donnée propriétaire est le nouvel actif de crédibilité. Les moteurs de réponse génératifs, tels que Google AI Overview, redistribuent la visibilité au profit des sources qui apportent une donnée de première main, vérifiable et attribuable. Les analyses génériques s’effacent, les données propriétaires sont citées.
La logique est celle de l’AI Act : une affirmation sans preuve ne vaut rien, ni devant un régulateur, ni devant un moteur. C’est pourquoi le Security Navigator 2026 développé par Orange Cyberdéfense — plus de 139 000 incidents analysés entre octobre 2024 et septembre 2025 dans 160 pays, dont 19 053 confirmés — peut fournir de base factuelle sur laquelle calibrer un modèle de risque IA.
Et pour évaluer la maturité de votre organisation face aux exigences cyber de l’AI Act, venez échanger avec nos experts Orange Cyberdefense !